Vous êtes maintenant
Installation présentée dans l’espace Neuf Cube de la mairie du 9e
Du 5 octobre 2009 au 29 janvier 2010
Série d’horloges (entre 20 et 24 selon la saison
Cartels: impressions contrecollées sur carton plume, 28x9,5 cm chaque
Cartes: Impressions numériques quadri sur papier photo plastifié, 90x290 cm
L’INSTALLATION
Pour l’exposition « Vous êtes maintenant » présentée au Cube, la pièce UTC+1 connaîtra deux phases de présentation, obéissant au changement d’heure été/hiver, le 24 octobre.
UTC+1 consiste en un redécoupage par minutes du fuseau horaire qui nous concerne. La pièce se matérialise par une série d’horloges synchronisées au nombre variable (selon la saison), et de deux cartes correspondant aux territoires concernés par l’heure d’hiver et/ou l’heure d’été.
Dans le contexte de l’espace du Cube, cette pièce intervient comme élément perturbateur de la notion de temps à laquelle nous sommes attachés, et particulièrement sur un lieu de travail.
La série d’horloges indiquera selon la saison soit 18 horaires (été) soit 22 horaires (hiver) différents pour la France métropolitaine, plus les deux points extrêmes Est et Ouest du fuseau horaire complet. Chaque horloge renvoie à un point sur la carte correspondant à la saison.
Les horloges sont synchronisées à une minute d’écart les unes des autres, en un concert ténu de tic-tac marquant un temps réajusté.
LE DE DU SYSTEME, par Philippe Eydieu
En mécanique, le «traçage» consiste à inscrire sur une pièce brute, les axes et les contours permettant par la suite de l’usiner. Chez Delphine Rigaud, il y a un peu cette même volonté, elle pénètre l’engrenage d’un système donné puis l’extirpe pour lui conférer, en quelque sorte un usinage autonome. C’est pourquoi la plupart de ses oeuvres sont le plus souvent impliquées dans une forme tautologique, envisagées par elles-mêmes et pour elles-mêmes.
Exemple : Delphine reprend l’histoire du premier ready made - le porte bouteille de Marcel Duchamp - là ou elle avait commencé, avec une démarche généalogique et topographique elle en trace tous les itinéraires empruntés sur un planisphère qu’elle développe ensuite sur un site Internet. Autre exemple, pour parler de télévision, elle se filme en train de démanteler patiemment et scrupuleusement un téléviseur jusqu’au dernier composant. Elle organise ensuite chaque élément sur un étal où tout est méticuleusement archivé. Dans les sujets qu’elle aborde, elle n’hésite pas à remettre en question certains fondements acquis scientifiquement ou passés au crible d’une justification dans l’usage courant.
Elle installe une zone franche où il est permis de douter des faits les plus avérés, comme ici, les fuseaux horaires. Ils représentent 24 divisions imaginaires de la surface de la terre, dont tous les points ont «en principe» la même heure légale. C’est sur ce «en principe» que Delphine intervient et tente de remettre «les pendules à l’heure». En effet elle va multiplier le nombre de divisions pour transformer les fuseaux horaires en «fuseaux minutes», et obtenir ainsi une nouvelle donnée temporelle, mettant en évidence des variations de temps sur des distances extrêmement courtes. Elle bouleverse ainsi mais très légèrement notre rapport au temps en effectuant un réajustement minuté.
C’est ce réajustement permanent dans l’oeuvre de Delphine qui force l’admiration. Comme une quête de vérité, armée d’une méthodologie sans faille, elle s’enferme dans la tache qu’elle s’est inventée, dans le temps propre de l’oeuvre, pour ne relever la tête qu’une fois cette tache accomplie. Sans chichi et sans un mot de trop, avec la discrétion et l’humilité qui la caractérise, elle remplit des missions à fortes charges poétiques et conceptuelles, en décortiquant patiemment et avec méfiance certains codes culturels de nos sociétés.
Philippe Eydieu.






